Haïti : Production caféière, Thiotte reprend la main petit à petit

Après une période de vaches maigres, la production caféière dans la commune de Thiotte est en train de se relever. Les producteurs reprennent la main. D’autant qu’ils reçoivent depuis plus d’une décennie l’appui des Produits des îles S.A (PISA), le bras d’agro-transformation du groupe. Vu ce qui se passe dans cette partie du pays, les responsables de l’Union des producteurs de l’arrondissement de Belle-Anse (UPAB) croient qu’il y a lieu d’espérer une augmentation conséquente d’ici les prochaines années.

Publié le 2018-11-23 | Le Nouvelliste

C’est la joie dans le rang des producteurs de café de la commune de Thiotte. On est le 13 novembre 2018 et plusieurs dizaines de planteurs sont en train d’emblaver leurs parcelles respectives. Tout indique qu’un vent nouveau commence à souffler sur cette filière. Dans cette partie du pays, plusieurs dizaines de milliers de plantules sont mises en terre. La pépinière de PISA à elle seule en a produit 110 000 et la grande majorité de ces plantules étaient à la disposition des membres de l’Union des planteurs de l’arrondissement de Belle-Anse, une association qui regroupe plus de 400 membres actifs.

La présence de cette pépinière constitue un déclic pour la production caféière dans cette commune. En plus des membres de l’UPAB, d’autres producteurs s’y approvisionnent. Le café reprend de la valeur. Et les producteurs sont conscients qu’il faut tout reprendre à la base. Le temps de considérer le café comme une culture de rente est révolu. La semaine dernière, ils étaient plusieurs dizaines de producteurs de tout acabit à se rendre à la pépinière pour réclamer de nouvelles plantules. Certains ont reçu en don tandis que d’autres les ont achetés à prix subventionnés, surtout les fournisseurs de PISA.

Ce qui est surtout d’actualité, c’est l’idée de refaire les plantations. Pour l’instant, la régénération est le maître mot. Ce procédé n’est plus un défi. La mise en place de la pépinière résout en partie ce problème. Delà, les producteurs comptent faire d’une pierre deux coups en luttant contre les maladies qui attaquent les vieilles plantations. Ce coup d’essai est vite devenu un coup de maître et la société ne compte pas arrêter en si bon chemin. « Nous sommes un torréfacteur conscient des difficultés auxquelles sont confrontés les producteurs. C’est pourquoi nous prenons les dispositions qui s’imposent pour changer la donne », explique Jean Marc Ewald, qui coordonne les activités pour les PISA.

Mais la régénération n’est pas la seule action entreprise. Les caféiculteurs commencent à faire de leurs fermes une entreprise. Ceux qui s’investissent et qui investissent le plus ont davantage de chance de réussir. De ce fait, à intervalles réguliers, des émondages et des tailles sont pratiqués dans les champs. Comme il s’agit de l’agroforesterie, les producteurs se trouvent dans l’obligation permanente de planter des arbres fruitiers et forestiers en support à la production principale. Ce qui explique que la filière joue un rôle important à la fois dans l’économie de la zone mais également dans le processus de régénération de l’environnement.

La présence de ce groupe dans la zone n’a pas que des influences sur la production. Selon le président de l’UPAB, Jean Toussaint Auriol, d’autres investissements se font dans la filière. Les usiniers reprennent également goût dans la production. Certains Thiottelois ont désormais tout le matériel nécessaire pour traiter le café. Car le coût du café traité est longtemps plus élevé que les cerises de café. Des dépulpeurs, des décortiqueuses, des glacis en état, des moteurs et des dépôts sont à la disposition de certains producteurs qui vendent leurs services à ceux qui n’en possèdent pas.

Dans ce nouvel élan, la tendance est plutôt bonne à la fois pour les producteurs et le torréfacteur. En 2017, la quantité de café que l’UPAB a fourni aux Produits des îles n’a pas excédé les 220 livres. Pour cette année, l’on espère le double. « C’est possible de doubler la quantité de l’année dernière », estime M. Auriol, ajoutant que l’apport de REBO est considérable dans ce regain de forme.

Par ailleurs, il dit souhaiter que l’État haïtien, à travers l’Institut national du café d’Haïti (INCAH), suive les traces de cette compagnie privée. Ce faisant, dans les cinq prochaines années, poursuit Jean Toussaint Auriol, la commune pourra redevenir le grenier qu’elle était dans les années 30 à 50.

Ce qui est certain est que les PISA sont présents pour une période assez longue dans cette zone. Ce groupe vient de faire l’acquisition d’une ferme de 54 carreaux dans la localité de Colin située à quelques kilomètres du bourg. Cette ferme, assure Jean Marc Ewald, va contribuer à booster la production à plusieurs niveaux. Elle servira de modèle aux producteurs. Il est certain que la production va continuer de croître car le groupe est présent et constitue une garantie d’achat pour les producteurs et d’ici à quelques semaines une boutique d’intrants s’ouvrira dans la commune afin de continuer à booster la production, et l’institution ne compte pas se circonscrire rien que dans cette zone. Cette expérience réussie mérite d’être répliquée dans d’autres régions du pays.

Auteur: Jose Flecher

 

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