Haïti : L’absentéisme handicape le fonctionnement de l’hôpital Saint-Michel de Jacmel

L’absentéisme des médecins à l’hôpital Saint-Michel de Jacmel est le grain de sable qui empêche l’institution sanitaire publique de fonctionner. Trouver un spécialiste sur place un jour, il faut avoir de la veine. Si le chirurgien est sur les lieux, l’anesthésiste n’y est pas. Bon nombre d’interventions chirurgicales n’ont pas pu être effectuées du fait de ce travers.

« Au maximum, ils viennent travailler pendant deux jours. Généralement, ils ne fournissent pas le nombre d’heures de prestation requises», confie le directeur départemental sanitaire du Sud-Est, le Dr Newton Jeudy, qui a dû être exposé à ce problème lorsqu’il était en poste comme directeur médical de l’hôpital Saint-Michel.

L’hôpital Saint-Michel de Jacmel est le centre hospitalier départemental du Sud-Est. Il devrait servir de référence dans la région. À cause de l’absentéisme du personnel médical, c’est difficile pour cette institution de remplir sa véritable mission. Il n’y a pas de médecins qui assurent la permanence des soins 24/24.

Sur 7 jours, les spécialistes de santé ne sont au chevet des malades que pendant deux jours. la majorité d’entre eux viennent de Port-au-Prince. « Ils acceptent le poste alors qu’ils savent pertinemment qu’ils seront absents. Pourtant quand ils ont un contrat avec une organisation non gouvernementale, ils l’honorent», a critiqué le directeur départemental en interview le jeudi 18 octobre au journal.

Chaque médecin nommé a pour obligation de fournir 40 heures de service par semaine. Pour pouvoir mieux superviser les médecins, le Dr Newton Jeudy croit qu’il faut changer de stratégie. « Je crois que l’État, au lieu de les nommer, doit passer des contrats d’une durée déterminée avec les médecins de manière à résilier plus facilement le bail s’ils ne respectent pas les clauses. À ce niveau, c’est le directeur médical de l’hôpital qui doit s’en charger. Il revient également à ce dernier de décider du sort des médecins s’ils ne viennent pas travailler », préconise le Dr Newton Jeudy.

Le Sud-Est n’est pas riche en spécialistes de santé. Son personnel soignant ne correspondant pas à la taille de la population estimée à 518 200 habitants. Le ratio de médecin pour 10 000 habitants est de 3.18. Ce qui fait de lui le plus faible en termes de professionnels sanitaires.

Selon le Système d’information général des ressources humaines (SIGRH) du ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), pour les dix communes du département, il existe « 8 infirmières sages-femmes, 2 infirmières anesthésistes, 79 médecins de service, 93 infirmières, 118 auxiliaires, 71 agents de santé, 35 technologistes médicaux… »

A Saint-Michel, il y a trois orthopédistes, trois chirurgiens, quatre obstétriciens- gynécologues, trois internistes, deux urologues… « Nominalement, ils sont là mais pas dans la réalité », déplore le directeur départemental sanitaire du Sud-Est.

Le Dr Jeudy estime, par ailleurs, que le salaire offert par la fonction publique ne peut répondre aux besoins d’un médecin spécialiste. Il ne représente nullement une source de motivation. Le salaire dérisoire d’un médecin n’est pas une source de motivation. « On doit se mettre d’accord aussi sur le fait que le salaire ne corresponde pas. On ne peut offrir 20 000, 25 000 gourdes à un gynécologue », explique-t-il, ajoutant que, dans certains cas, le médecin qui habite à Port-au-Prince ne rentre pas à Jacmel en raison du manque de moyens financiers.

Un total de 60 institutions sanitaires a été recensé dans le département du Sud-Est, selon la liste des hôpitaux publics du pays. On en compte quatre qui ne sont pas fonctionnelles. L’offre des soins et services de santé se fait principalement par les dispensaires et les centres de santé sans lit (47% et 33% respectivement).

Source: Le Nouvelliste / Edrid St Juste

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