Algérie : passe d’armes entre le ministre de la Justice et son chef de gouvernement

Petites escarmouches sans conséquences entre membres du même gouvernement ou guerre à coups tirés ? Lundi 5 novembre, en déplacement à Oran où il a fait les éloges du bilan du président Bouteflika, le ministre de la Justice a critiqué avec virulence son Premier ministre.

Au détour d’une longue plaidoirie en faveur du chef de l’État, Tayeb Louh a d’abord évoqué les taxes que le Premier ministre voulait instaurer dans le cadre de la loi de Finances complémentaire 2018, avant qu’elles ne soient mises de côté par la présidence. « Vous vous rappelez tous des taxes sur les cartes d’identité, les passeports, etc. Qui les a annulées ? Le président de la République ! », a clamé le garde des Sceaux.

L’instauration de ces nouveaux impôts avait provoqué un tollé dans l’opinion publique et des remous au sein de la classe politique. Leur annulation en Conseil des ministres a été interprétée non seulement comme un désaveu du Premier ministre, mais aussi un lâchage de ce dernier par le président. D’aucuns avaient alors parié sur le départ du secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND) de la tête du gouvernement. Il n’en fut rien.

CE TEMPS DE L’ARBITRAIRE EST RÉVOLU. IL N’Y AURA PAS DE RETOUR [À CES MÉTHODES] HORS DU CADRE LÉGAL

La deuxième attaque de Tayeb Louh renvoie aux heures sombres de la carrière d’Ahmed Ouyahia, qui a assumé les fonctions de chef du gouvernement du président Liamine Zeroual (décembre 1995-décembre 1998). Là encore, sans jamais citer le nom de son actuel patron, le ministre de la Justice a rappelé que cette période où l’on jetait les cadres en prison appartient au passé. « Ce temps de l’arbitraire est révolu grâce aux directives du président de la République. Il n’y aura pas de retour [à ces méthodes] hors du cadre légal », a-t-il affirmé.

Le ministre de la Justice faisait référence aux années 1996-1997, durant lesquelles des centaines de responsables d’entreprises publiques avaient été démis de leurs fonctions sur ordre d’Ahmed Ouyahia, avant d’être incarcérés sans jugement. Magistrat et ancien président du conseil national des magistrats au moment des faits, Tayeb Louh ne pouvait pas ignorer ces dossiers, dont le nombre exact fait encore l’objet de polémiques. Certains évoquent le chiffre de 6 380 ou de 4 000, tandis que d’autres considèrent que leur nombre ne dépasse pas les 2 000 personnes.

« Des accusations dénuées de tout fondement »

Piqué au vif par les sorties de son ministre, Ahmed Ouyahia s’est bien gardé de répondre en personne. Aussi, il a chargé le service de communication de son parti de répondre à ces attaques. Un communiqué officiel du RND évoque un « dossier vide », précisant qu’Ahmed Ouyahia n’était pas en charge du ministère de la Justice au moment de « l’emprisonnement de certains cadres dans les années 1990 ».

Il récuse par ailleurs le chiffre de milliers d’incarcérations, assurant qu’elles ont été « une dizaine environ ». Pour la formation du Premier ministre, ces « accusations sont dénuées de tout fondement et, en définitive, constituent une atteinte à l’éthique des magistrats, à leur indépendance et à leur professionnalisme ».

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