Grand Soleil entre fierté et déception

Radio Repère Des Iles, Jacmel,31 décembre 2018

Ça fait déjà 28 ans, sous l’impulsion du professeur Edgard Agella, une idée s’est transformée en nom et ce nom, autour d’une table ronde, après avoir reçu assez d’énergie viable des initiateurs, il a pris forme. Depuis, on l’a reconnu par sa facture combien éclairante et rayonnante. Et ce fut, c’est encore et ce sera toujours *Grand Soleil*.

Un nom qui symbolise beaucoup et qui n’a pour chevalerie :  la danse folklorique haïtienne.

Cette troupe de danse qui ne vit, respire et naît que pour la danse à travers les grandes valeurs (discipline, respect, honnêteté, hiérarchisation, intellectualisme )a su faire la fierté et la gloire des jacméliens à travers les différents spectacles locaux, nationaux et même internationaux surtout dans les foires bi-nationales organisées par les gouvernements dominicains et haïtiens. Les danseurs et danseuses d’alors ont été l’incarnation de la mère des danses. Leur corps et leurs mouvements expressifs ont communiqué sans peine ce qu’ ils ont à l’intérieur comme émotion. La danse, nous lisons en lettre fine, *c’est la communication des émotions aux grands publics à travers l’expression corporelle*.

Tout ce moment de gloire, de sollicitude et de fierté, nous le devons à un autre nom qui, par sa rigidité a poli, soigné et gravé ce verbe au cœur de tous les amoureux de la culture :   Cadet Frantz,  un nom en trois syllabes comme résonne ce de Grand Soleil, et qui en dit beaucoup.

En ce temps-là, Grand Soleil s’illuminait de tous ses feux.

Le temps passe, l’air fait sa course habituelle, le feu par ses chaleurs embrase l’univers des rêves mais le soleil du Grand Soleil se voit s’alimenter par d’autres rayons. De génération en génération, aux yeux de la foule, des critiques de la danse folklorique, des danseurs chorégraphes et simples danseurs, le même constat est jalousement observé :  manque d’énergie sur scène, irrégularité, amour manqué pour la danse, irresponsabilité, entre autres… Tous ces comportements, ennemis de la lumière du soleil, vont conduire *Grand Soleil* au bord de l’abîme.

Le public après les prestations n’applaudit plus les danseurs, les danseurs avant de rentrer en scène ne se concentrent plus, ne prient plus pour recevoir force et énergie, ils ne se félicitent plus et ne se critiquent plus.

Ils ne font que danser pour danser, alors que la danse est non seulement un art mais elle est aussi sacrée. C’est la plus grande et la plus ancienne tradition laissée par les ancêtres.

Pouvons-nous encore crier haut et fort la devise de Grand Soleil ? ~Grand Soleil, aujourd’hui meilleur qu’hier~ telle est la devise. Une si belle devise mais qui, dommage est réduite au silence par l’inaptitude et l’inobservance des principes pré-établis de cette génération des danseurs.

Danser signifie :  aimer la danse, vouloir passer un message aux autres, charmer les spectateurs, s’affirmer et honorer l’âme  des ancêtres.

Cette génération doit consentir beaucoup de sacrifices si elle désire faire briller la lumière du Grand Soleil comme le bon vieux temps.

Grand Soleil, une idée, un rêve, une vision, un nom, un patrimoine culturel qui mérite d’être protégé, gardé et chérit par tous les amants folkloriques de génération en génération.

Source/ RRI, Auteur: Marc-Férol BENOIT, danseur, professeur et responsable des ressources humaines au sein du ballet Grand Soleil

 

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