Éditorial : 2018, l’an merde…

Partout dans le monde, aussi bien qu’en Haïti, il devient plus qu’une tradition de souhaiter de meilleurs vœux à des proches, des amis, des parents, entre autres, à chaque fin d’année. Bonne année, succès, prospérité, santé sont quelques-uns des souhaits souvent adressés les uns aux autres. Ces désirs anticipés donnent parfois beaucoup d’espoir aux gens que la nouvelle année va leur apporter de bonne choses. 

De nos jours en Haïti, on devrait faire de grands exercices d’esprit avant de dire à une personne « Bonne année ». Car, il ne suffit pas de souhaiter à quelqu’un, une bonne année sans tenir compte de plusieurs paramètres lui permettant de passer ces 12 mois en beauté. Dans un pays où tout est problématique. Toutes les actions entreprises ont une issue douteuse.

Qui pouvait croire que 2018 allait être « l’an merde » ?

Nombreux sont les citoyens et citoyennes qui émettent leur opinion faisant croire que 2018 a été l’année la plus dure et difficile qu’ils l’ont jamais vécu depuis leur existence sur terre en Haïti. Excrément de l’homme et de quelques animaux, déception, pays lock, merde sont quelques qualificatifs attribués par plus d’un à cette année 2018.

Pourquoi ne pas la dire à haute voix pendant qu’elle parte : Merde 2018 ! Repète plus fort: 2018, l’an merde !

Peut importe le secteur qu’on peut choisir. Peut importe le département qu’on peut prendre comme échantillon dans le pays. Quelle que soit la distinction de classe sociale existante entre les hommes selon la diversité de leurs conditions, tout le monde a été victime de l’année 2018. Sous une forme ou une autre. 2018 l’an merde !

Sur le plan environnemental, certaines régions du pays ont été frappées par des catastrophes naturelles dont cyclone et tremblement de terre qui ont coûté la vie à plusieurs compatriotes. Des dégâts matériels ont été également enregistrés. Tandis que le secteur agricole est toujours en proie à cause du manque d’encadrement auquel cette filière est confrontée.

Entretemps, les conditions sociales du peuple haïtien restent inchangées d’année en année. La population continue à vivre dans la misère et le désespoir. Alors que les produits importés occupent une bonne partie dans la cuisine haïtienne et sont présents chaque jour dans nos assiettes.

Par aileurs, le dollar américain continue à dévaloriser la monaie nationale qu’est la gourde. À la fin de l’année, soit durant le mois de décembre, il a fallu entre 80 à 85 gourdes pour un dollar. Ceci est la résultante du manque de production nationale à tous les niveaux.

Quant à la politique ? Celle-ci a remporté le gros lot pour l’année 2018. Pourrait-on même l’accuser comme étant le secteur qui fait de 2018 l’an merde ?

Manifestations, barricades enflammées, grèves des enseignants et d’autres personnels de la fonction publique, affrontements entre des gangs armés, insécurité généralisée, scandales de dilapidation des fonds de l’État par nos dirigeants, accusation de corruption entre collègues parlementaires, séances théâtrales au Parlement, diversions politiques sur plusieurs dossiers brûlants, entre autres, sont autant d’actes perpétrés au cours de l’année 2018 qui ont paralysé le bon fonctionnement du pays.

Pourtant 12 mois  sont écoulés aucune action concrète n’a été faite par nos autorités pour pouvoir épargner Haïti de ces gangrènes pour l’année prochaine. Signe qui montre que 2019 pourrait aussi être un autre l’an de merde dans le pays. Car, les parlementaires, les membres de l’opposition démocratique, les Petrochallengers, la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif  (CSC /CA), tous annoncent déjà la couleur pour la nouvelle année. De plus, le Conseil Électoral Provisoire (CEP) met aussi le cap sur l’organisation des élections du tiers du sénat et pour la chambre des députés.

Cette situation est due au fait que pendant les 30 dernières années Haïti ne fait que produire des politiciens de merde. Ces derniers dès leur arrivée dans un poste ne font que travailler dans leurs intérêts personnels au détriment de celui de la population, notamment les gens les plus vulnérables.

Les citoyens et citoyennes ne sont-ils pas responsables du laxisme de nos dirigeants ? A force de continuer à voter des politiciens de merde, de la pire espèce, nous ne faisons que creuser notre propre fossé où nous allons nous engloutir.

Combien de projets dont les jeunes caressaient pendant l’année 2018, qu’ils n’ont pas eu l’opportunité de les matérialiser par manque d’encadrement et de financement ? L’accès au crédit est pour eux un casse-tête. D’autres se prostituent encore et encore afin de répondre à leurs besoins quotidiens.

Combien de femmes et filles qui continuent à être harcelées sexuellement et psychologiquement pour trouver un emploi, en dépit de leur capacité et compétence intellectuelles ?

Combien de personnes qui meurent chaque jour par manque de soins sanitaires ? Combien de cas d’accidents de circulation perpétrés sur la voie publique liés aux mauvais états de nos routes ?

Combien d’argent perdu chaque jour à cause de l’inaccessibilité à l’électricité ? Alors que le courant électrique est un facteur important pouvant contribuer à l’augmentation de l’économie du pays. Combien de têtes bien faites qui quittent Haïti en quête d’un mieux-être à l’étranger ?

Pourtant quand l’autre citoyen du pays de l’aigle nous traite de pays de « Merde » nous sommes tous offusqués.

2018 ne saurait l’an merde si nos dirigeants étaient des responsables, des personnes capables de mener à bon port le destin du pays. 2018 ne saurait aussi l’an merde si le peuple haïtien n’était pas si passif.

Le mouvement Petrochallenge qui pouvait servir de prétexte à la population haïtienne pour demander aux autorités des comptes sur l’utilisation du fonds petrocaribe semble avoir perdu son ampleur à travers le pays. Il peut aussi être utile pour que lumière soit faite sur beaucoup d’autres dossiers brûlants qui ont retenu l’actualité dans les médias, comme par exemple, l’affaire des cargaisons d’armes illégales à Saint-Marc, le dossier de Dermalog concernant les cartes d’identification nationale, l’alimentation en armes et en munitions des gangs dans les quartiers populaires, entre autres.

Aujourd’hui, il est temps pour que le pays puisse connaître un climat de paix qui donne à ses filles et fils l’envie d’y vivre. Le moment est venu pour que les haïtiens respirent un air d’espoir.  Que l’année 2019 nous apporte tout ce qui est neuf. Tout ce qui pourrait aider le pays à prendre le rail du développement et du changement. Disons non contre un nouvel an de merde. Merde aux entrepreneurs politiciens et aux dirigeants haïtiens apatrides.

 Claudy Bélizaire, Journaliste                                                                                                                      

Maintenant ça suffit, il faut que ça change!

 

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